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lundi 9 mai 2011

La bassesse à son paroxysme

Les joueurs de Bordeaux ont eu gain de cause, Jean Tigana est parti. Mais leur comportement a été honteux.

Alors qu’il entraînait Bordeaux, Laurent Blanc avait coutume de dire que l’expérience ne s’achetait pas en magasin. La dignité non plus. Car les joueurs de Bordeaux, depuis des mois, font preuve d’une immoralité incroyable. Depuis l’arrivée de Jean Tigana, une partie du vestiaire s’est progressivement éloignée de l’ancien milieu international. Dès sa prise de fonction, il avait instauré des méthodes dures pour essayer de réveiller un groupe traumatisé par une fin de saison cauchemardesque. Mais en demandant aux internationaux (Planus, Carrasso, Gourcuff et Diarra) de revenir dès le 15 juillet et non à partir du 20 comme dans les autres clubs, en intégrant des amendes temporelles pour sanctionner les retards (le joueur devait arriver en avance le lendemain), en arrêtant de fêter les anniversaires dans le vestiaire, il a froissé les ego. Surtout, en venant seul, il s’est privé d’un soutien inconditionnel dans le vestiaire. Pire, en acceptant Michel Pavon comme adjoint, il a fait l’inverse. Pavon aime le club, c’est incontestable. Mais il a entraîné les Girondins de 2003 à 2005, les plongeant au bord de la relégation, et avait la fonction de directeur sportif depuis. Il côtoie les joueurs depuis des années. Il est ami et sort avec les barons du vestiaire que sont Planus, Ramé, Chalmé, notamment.

Du coup, au lieu de rapprocher les joueurs de Tigana, Pavon a écouté leurs doléances et les a acquiescées. Isolé, le champion d’Europe 1984 s’est entêté dans la mauvaise direction, jusqu’à consommer la fracture avec un groupe qui ne voulait plus de lui. D'ailleurs, Tigana a sa part de responsabilité. Il n'a jamais clairement établie son plan de jeu. Il voulait un bloc équipe plus bas mais avait-il les joueurs pour évoluer en contre. Et puis, sur la fin, il semblait perdu. Aligner quatre grands physiques (Diarra, Sané, Savic et Ciani) dans l'axe défensif face à des techniciens comme Martin, Boudebouz ou Maurice-Belay n'est pas une inspiration divine. Comme changer trois fois de charnière centrale, quatre fois de paire de récupérateurs et deux fois de la latéral droit durant la rencontre. Pour finir avec Chalmé milieu axe gauche...

Des erreurs des deux côtés

Seulement, plutôt que d’aller voir le président Jean-Louis Triaud, pour expliquer les problèmes et ainsi essayer de les résoudre, le groupe a lâché Tigana. Plusieurs fois. A Angers en coupe de France (1-0, le 22 janvier), à Lorient (5-1, le 19 février) en championnat et enfin face à Sochaux (0-4), ce samedi, devant son propre public. Avec à chaque fois les mêmes symptômes. Une défense bien trop haute qui joue très mal le hors-jeu, un pressing inexistant, des retours en marchant. Et même des haussements de voix de la part de Ciani lorsque son entraîneur le sort à la 35e minute et que Sochaux mène déjà 4-0. En fait, tous ne sont pas à blâmer au même niveau. Plasil, malgré un désaccord de fond avec son entraîneur s’est toujours battu. Lui court, tacle, frappe. Contre Sochaux, comme un symbole, il a signé la seule frappe dangereuse, pleine de hargne, après deux contres favorables. C’était en seconde période, après avoir disjoncté dans le vestiaire à la pause contre ses coéquipiers. Il y a aussi Carrasso qui « n’en peut plus » comme il l’a dit en plein match samedi. À Lorient, il avait été expulsé en fin de partie après en avoir pris cinq à bout portant. Cette fois, les quatre buts encaissés en 20 minutes ont valu une sortie très aléatoire dans les pieds de Boudebouz. Des actes de détresse à chaque fois.

Ces deux garçons méritent clairement de ne plus jouer à Bordeaux la saison prochaine. Ils méritent beaucoup mieux. Et dire qu’ils n’ont même pas un titre de champion de France dans leur palmarès. Qu’ils sont venus lorsque le club était au sommet pour franchir un cap dans leur carrière… Les autres, les champions de France 2009 (plus Ciani) ne méritent pas plus de rester. Mais pour d’autres raisons. Ils sont très grassement payés pour taper dans un ballon. C’est démagogique, mais une semaine à l’usine de Ford à Blanquefort leur ferait le plus grand bien. Car on n’a pas le droit de galvauder à ce point l’image d’une entreprise vieille de 130 ans.

Mais ils ont gagné, pour l’instant. Le virage sud s’est vidé à la 35e minute après avoir scandé « ridicule » alors que le reste du public applaudissait les enchaînements des Sochaliens et les ratés successifs de Modeste. Déjà contre Auxerre, après le fiasco lorientais, le public avait sorti des banderoles (pour voir les joueurs transpirer, rendez-vous sur les quais) et une grève avait été programmée en début de match. Face à Arles, des « on se fait chier » avaient été scandés. Mais ils ont gagné, Tigana est parti. Et ce n’est pas totalement de leur faute en plus. Non, il a fallu que sa fille se fasse agresser verbalement par des « supporters » pour que le coach jette l’éponge. Le putsch programmé au moment où Tigana venait d’être conforté dans son rôle pour la saison prochaine par l’actionnaire n’a, en lui même, pas suffi. Même pour ça, les joueurs n’ont pas de talent.

Tout à reconstruire

Désormais, ils sont en première ligne. Il reste quatre matches et plus rien à jouer. Certains voudront partir, mais qui voudra d’eux. Alou Diarra a fait une saison indigne de son rang. Sur ses prestations, il ne devrait pas être en équipe de France. Mais il en est le capitaine et Paris le veut au moment où Nicolas de Tavernost, le président de M6, vient de le recadrer pour la deuxième fois (dans Sud Ouest : « ce n’est pas moi qui ai pris un carton rouge », renvoyant aux six matches de suspension). Car oui, pour Diarra, Bordeaux est à sa place et n’a pas l’effectif pour viser le podium. Mieux, la défaite contre Sochaux est "normale". Pourtant, face aux cinq premiers, ils ne comptent qu’une défaite (à Marseille), six nuls (Lille deux fois, Rennes deux fois, à Lyon, Marseille) et deux victoires (Lyon, à Paris). Pas mal pour une équipe si moyenne.

Trémoulinas, annoncé à Dortmund, a enchaîne les erreurs défensives. Ciani a parfois approché le néant (à Marseille et lors de chaque naufrage prémédité notamment). Et les autres, ils veulent rester. Presque tous ont prolongé avec des conditions avantageuses leur contrat il y a un an. Parmi eux, Chalmé et Planus ont clamé leur envie de finir leur carrière en Gironde. Seulement, Chalmé n’est que l’ombre d’un footballeur professionnel. Il est constamment en retard, n’apporte presque rien offensivement. Planus est souvent blessé et aurait été l’un des meneurs de la fronde anti-Tigana jusqu’à simuler des douleurs au dos pour ne pas aider son coach face à Sochaux. Si c’est vrai, c’est grave. Un des nombreux arguments qui pourraient faire fuir bon nombre de techniciens. Car le futur entraîneur va s’engager dans un chantier béant. Monsieur Fernandez, Garcia, Gillot ou Courbis, bon courage.

mercredi 26 janvier 2011

Bordeaux sans berger?

Bordeaux traverse une crise - de résultat et de confiance - qui ne cesse de s'aggraver, faute de sérénité dans la gouvernance.
Le Haillan a perdu de sa splendeur tranquillité. Le nid imperméable à la mièvre pression médiatique a pris feu. Comme si la présence quotidienne du président Jean-Louis Triaud et de la moitié de l’effectif dans les journaux pour convaincre Kévin Gameiro de rejoindre les Girondins avait retourné la Garonne. Le Lorientais a poliment décliné l’enterrement au cœur des vignes. Et avec ce refus, la machine s’est emballée un soir de défaite sur la Cannebière. Le match de la dernière chance perdu, le vestiaire s’est ouvertement fracturé. Les brouilles entre des égos surdimensionnés ont explosé et tout un effectif, ou presque, s’est carrément désolidarisé de son entraîneur pour sortir piteusement en Coupe de France à Angers. Entre deux revers, Moussa Maazou a avoué qu’il se « battait les couilles » du mécontentement des supporters et que ses coéquipiers ne lui donnaient pas de bons ballons.
Alors que Paris, Lyon, Saint-Etienne et Marseille tiennent leurs rangs, les médias ont tourné leurs caméras vers le Sud-Ouest. Logique. Surtout quand le club ne sait pas gérer les crises depuis si longtemps.
Alors tout sort. Que Michel Pavon, l’adjoint et accessoirement directeur sportif, a retourné le vestiaire du FCGB contre l’entraîneur principal, Tigana. Pourquoi ? Pour prendre sa place, pardi. Son cuisant échec de 2003 à 2005 (12e et 15e) n’a pas suffit. Il attend depuis que le train repasse. Triaud y est favorable. Pas Nicolas De Tavernost, le PDG de M6, actionnaire du club. Alors le président a pensé à Courbis, au casier judiciaire trop lourd pour l’actionnaire. Baup, alors. Les longs mois de procédures aux prud’hommes ont irrité M6, qui préférerait Ricardo. Soit quatre des six derniers entraîneurs Girondins. Que d’imagination. Surtout que Blanc est pris et ne reviendra jamais et que Stéphan est désormais adjoint de Deschamps à Marseille.
Du coup, comme pour le recrutement d’un attaquant, faute d’accord, on mise sur le statu quo assumé.


Les supporters deviennent chèvres


Seulement les supporters sont entrés en résistance. Contre Maazou, qui est désormais exclu du groupe. Et contre les joueurs en général. Pas forcément l’entraîneur. Jean Tigana aime Bordeaux. Il n’a jamais triché avec ce maillot sur les épaules. Il est revenu pour aider son club. Certes, c’est un échec sportif et son départ paraît inévitable tant la fracture avec son groupe est profonde. C’est peut-être même ses méthodes, trop froides et rigides, qui sont révolues. Mais entendre Diarra vouloir un « déclic » et dire qu’il ne veut pas rester deux ans sans jouer la Ligue des Champions est insupportable. Qu’il soit irréprochable sur le terrain. Il la jouera peut-être même à Bordeaux. Ciani rêve d’Arsenal et des Bleus deux jours après avoir offert deux buts à Marseille. C’est au mieux drôle. Au pire pathétique. Alors, les supporters ont tagué le centre d’entraînement. Ils l’ont rebaptisé la "bergerie". La seule réponse du club fut d’instaurer un huis clos généralisé. Pour le dialogue et les excuses, veuillez repasser.
En début de saison, Lyon a traversé une crise bien plus violente. Les plus fidèles supporters demandaient le départ de l’entraîneur à chaque match, même à l’extérieur. Le journal L’équipe a visé Puel. Aulas s’est énervé, trop sûrement. Mais depuis 13 matches en L1, Lyon ne perd plus. Et l’OL pourrait bien remporter le titre en mai prochain. C’est bien connu, on apprend plus de ses échecs. Bordeaux s’est découvert des failles à tous les étages. Dans le haut de la bergerie, surtout…

jeudi 7 janvier 2010

Et maintenant on fait quoi?

Jean-Pierre Escalettes est en tournée promotionnel. Le sujet? L'après Domenech, alors qu'une coupe du monde se profile. L'art du contre pied fédéral se poursuit.

Jean-Pierre Escalettes a beau être à Saint-Domingues, en vacances chez ses enfants, il est omniprésent dans les médias. La moindre demande d’interview est acceptée. Mieux, en une après-midi, les trois plus grandes radios généralistes RMC, Europe 1 et RTL, ont appelé le boss du foot français. Résultat, trois entretiens pour apprendre qu’Escalettes est en accord avec Jacquet, « 4 ans ça suffit » pour un sélectionneur, oubliant un peu facilement qu’il est le responsable, avec Noël Le Graet, dernier avocat de Raymond Domenech, de la présence contestée du sélectionneur. Aimé Jacquet lui rendant l'appareil en qualifiant ses sorties d' "Escalettes en patron". Du coup, il ose donner des noms, ou plutôt répondre par l’affirmative à tous les patronymes proposés. Blanc, Deschmaps, Boghosian ou Tigana le duel est lancé. Quand Wenger et Roux sont ajoutés dans un second temps. Jacquet donnant son avis : «Être sélectionneur, ça n'a rien à voir avec être entraîneur de club. La fonction doit être «occupée par un entraîneur sur la fin, qui termine une belle carrière»
Seule chose sure, le sélectionneur post-Domenech sera français, la seule certitude, avec peut-être le fait que Domenech ne devrait pas se succéder à lui-même. Un rôle à la DTN attendant déjà l’actuel sélectionneur. Se priver d’un tel talent serait ballot !
Pour le poste suprême rendez-vous en mai, pour ne pas gêner un possible employeur, en clair Bordeaux. Car Blanc est LE candidat, mais c’est aussi le plus difficile à convaincre. Car en 2004 il avait été rejeté au profil de Raymond Domenech, et ça le meilleur entraîneur français en 2009 ne l’a pas oublié. Au moment où les bancs de ses deux derniers clubs pourraient se libérer, Manchester United et l’Inter, c’est un handicap pour la FFF. D’autant qu’une nouvelle saison à Bordeaux n’est pas si illusoire. Il a les arguments pour conserver Gourcuff une saison de plus, comme tous les autres cadres, mi à part Chamakh. Si le projet de grand stade est enclenché, même s’il n’en profitera pas, il pourrait poursuivre la construction d’un grand d’Europe sur la face Atlantique. Si Blanc qui a signifié que « ça se refuse » mettait un rateau à Escalettes, Deschamps pointerait son nez. Mais entre ses ennemis au sein de la FFF et un échec possible avec l’OM d’ici à mai prochain, il pourrait avoir des difficultés. Jean Tigana, comme d’habitude il est candidat, il sera reçu et … remercié pour le déplacement. Reste Alain Boghossian, à l’expérience nulle, mis à part un poste auprès de l’équipe de France junior de … Golf et deux ans avec Raymond Domenech. A moins qu’un candidat de la DN ne pointe son nez, Mombaerts, Mankowski… Bref, si Blanc à l’image parfaite dans l’opinion décline l’offre, un sacré casse tête s’ouvrirait pour le conseil fédéral. Mais aucune inquiétude, ils nous ont prouvés par le passé, leur sens de la prise de décision et leur connaissance du football…