mardi 21 septembre 2010

Arles-Avignon, la galéjade permanente

Depuis trois mois, Arles-Avignon offre un spectacle indigne pour un club qui s'est construit d'exploits permanents. Après six matches, leur saison parait déjà gâchée.

Arles-Avignon est parti à la chasse à Grenoble en cette saison 2010-2011. Comme pour le GF 38 il y a un an, le début d’exercice des sudistes est calamiteux. Zéro point en six matches et zéro but marqué à domicile en trois rencontres, le constat est amer, forcément. Voici les Avignonnais à mi-chemin du record grenoblois arrêté à 12 défaites un samedi soir automnal à Monaco (0-0, le 7 novembre). Mais quand Mecha Bazdarevic transmettait de la pitié, devant un bateau coulant, sans raison apparente, si ce n’est un niveau insuffisant agrémenté d’une malchance chronique, Arles-Avignon pousse à une moquerie, un brin cynique, certes. Mais qu’il est rassurant, plaisant presque, d’observer que l’incompétence et l’ingratitude amène à l’échec. Car, outre le bilan comptable, qui ne signifie pas encore une relégation dans quelques mois, le petit club qui a monté de quatre divisions en cinq saisons a eu un discernement proche du néant.
Certes, Marcel Salarno, en reprenant le club en juin dernier l’a sauvé d’une probable lourde chute, face au problème de trésorerie. Au bord du gouffre financier, son arrivée accompagnée de ses deniers a permis à l’ACA de découvrir la Ligue 1. Mais avec un léger recul, était-ce nécessaire ?
Depuis la reprise de l’entraînement, en juin, Arles-Avignon fait sourire l’ensemble du football français. Avec le départ de Michel Estevan dès la reprise, finalement réintégré, puis un mercato « hallucinant » achevé avec 18 joueurs, chômeurs pour la plupart et non souhaités par un entraîneur à l’influence inexistante. Le Pôle Emploi de l’Europe s’est ainsi offert une défense made in Real Madrid avec Pavon et Meija et un secteur offensif champion d’Europe avec Basinas et Charisteas. Mais ces trophées sont anciens. Et à vouloir collectionner des vieilles gloires, au lieu de conserver un petit noyau des exploits passés, Arles a perdu ce qui faisait sa force, son âme, encore plus avec la récente mise à l’écart, définitive cette fois, de l’entraîneur, Michel Estevan, lâché par un vestiaire composé de joueurs meilleurs dans les complots que sur un terrain. Preuve du climat malsain, Robert Duverne a quitté le navire à la nage, préférant reprendre un rôle e préparateur physique à Aston Villa, plutôt que d'être second à Arles.

Fin forcément tragique ?

Désormais, alors qu’un entraîneur est recherché et que, étrangement, des kamikazes sont prêts à définitivement ternir leur réputation dans un projet déjà fou, qu’est le maintien de l’ACA, un seul souhait vient à l’esprit, que le vent de fraîcheur distribué depuis des années ne se termine pas en disparition pure et dure. Comme les supporters l'ont écrit " Estevan, cinq ans pour construire. Salerno, 3 mois pour tout détruire. "
En tout cas, pour l’instant, on rigole, mais dans quelques mois, c’est une région entière qui pourrait pleurer et revenir en arrière en délimitant son cœur à l’OM, qui ne craint dégun. A Arles on respecte dégun, c'est toute la différence.

mardi 7 septembre 2010

Le début de quelque chose

La France a dominé la Bosnie-Herzégovine mardi soir (0-2) et a retrouvé la route du succès après sept matches sans victoire. Un renouveau prometteur.

La fameuse expérience devant le but tant décriée par Laurent Blanc a trouvé un écho favorable en un mardi soir aux aspects de renouveau, de révolution même si on osait oublier en une heure et demie à Sarajevo tout ce qui s’est passé récemment. Mais avant de conclure au début d’une nouvelle épopée, attendons une confirmation comptable contre la Roumanie (le 9 octobre) et le Luxembourg (le 12 octobre) et footballistique face à l’Angleterre (17 novembre) et le Brésil (le 9 février). Mais plus que le talent entrevu avec parcimonie, le mental, si friable vendredi dernier, est rassurant. Ces bleus sont jeunes mais ont décidé de ne pas couler avec ce lourd fardeau frappé du coq sur les épaules. Mais que les deux meilleurs buteurs de la sélection offrent un succès mérité n’est qu’un symbole que la reconstruction passera aussi avec un pan du passé, si pesant soit-il.

Milieu renforcé

Quatrième schéma en trois rencontres, Laurent Blanc n’est pas l’homme d’un système, ce n’est pas nouveau. En revanche, ce n’est plus l’homme de deux systèmes comme lors de sa vie girondine. Ce mardi, ce fut le temps du 4-3-3 aux aspects davantage lyonnais que barcelonais pour ce qui est des attentes offensives demandées aux latéraux.
Ainsi, dans la nouvelle équipe de France, on passe du banc au capitanat en quatre jours. Tel fut le destin d’Alou Diarra, troisième joueur à porter le brassard - après Mexès et Malouda - cette saison. D’ailleurs, comme prévu le Bordelais a apporté du muscle dans un entre jeu dominé par les Français et notamment par Abou Diaby percutant et détonateur en chef. L’esthétique jeu désiré mais déficient contre la Bielorussie (0-1) devait reporter son arrivée face à la nécessité de marquer des points, ou même un, au moins. Finalement, la prestation d’ensemble fut indéfiniment moins fade. Sur ce point, l’adversaire n’y fut pas pour rien.
Le sélectionneur bosnien, Safet Susic, sous ses palabres respectueuses, n’a pas pris la France comme une équipe différente du Luxembourg. Les mêmes onze que sur le duché (0-3) dans une configuration identique, un 4-4-2 en losange qui fit le bonheur des 45 premières minutes de l’ère Blanc en Norvège (2-1) avant de disparaître. Mais s’il ne changea pas, c’est aussi par manque de solutions. La Bosnie était décrite comme aussi robuste offensivement que chétive défensivement. La vérité est un brin plus nuancée. Comme son statut d’ogre de la poule, si rapidement récolté, est déjà écorné. Car si les locaux eurent des difficultés, ils ne concédèrent que peu d’occasions nettes en première période, contrairement aux corners (sept quand les Bosniens ont attendu la 65e pour en avoir un sur la seule occasion sur un coup franc de Pjanic). Alors Benzema a frappé (5e, 19e, 26e) sans être dangereux ni virevoltant dans l’axe de l’attaque, la faute aux autres notamment qui ne suivirent qu’avec parcimonie ses accélérations. Diaby et Malouda tentèrent aussi leur chance, sans être plus décisifs.
Benzema, le retour

Comme il était peu aidé, Benzema s’est débrouillé. Sur un centre de Clichy il préféra une demi-roulette et donc l’action individuelle à la passe pour Malouda. Présomptueux peut-être, mais somptueux surtout. Spahic ne bougea pas et Hasagic ne toucha que légèrement le ballon n’empêchant pas le neuvième but en Bleu de Karim Benzema (0-1, 73e).
Les Bosniens sortirent de leur réserve, créant des espaces pour des Français gourmands. Diaby servit Valbuena, qui en une touche de balle et en tombant, décala parfaitement Florent Malouda dans la surface et doubla la mise (0-2, 78e). Ce fut alors aux supporters locaux de se distinguer en lâchant des fumigènes et un pétard en direction de Mexès, par ailleurs parfait comme chef d’une défense restée inviolée pour la première fois en neuf matches.
Benzema était proche d’un doublé (87e) et Diarra trop court pour couper le centre de Matuidi (88e) qui fêtait sa première sélection.
La perfection attendra, comme la prise de contrôle d’un groupe D définitivement abordable et mené par l’Albanie et la Biélorussie. Mais l'Euro en Ukraine et en Pologne n’est qu’à un point. L'espoir est de retour. Et c'est si bon...


Réactions
Laurent Blanc (sélectionneur de L'équipe de France) :
"Laurent Banc, il s'agit de votre première victoire en tant que sélectionneur. Que ressentez-vous ?
Après la Biélorussie, j'avais dit aux joueurs qu'ils n'avaient, malheureusement, pas su traduire les bonnes choses qu'on avait pu voir pendant le stage, que c'était dommage. Ce soir, on ne peut plus le dire. Ils ont été irréprochables non seulement dans le jeu, mais aussi au niveau de l'état d'esprit. On a été récompensés. Avant le match, on s'était dit qu'il fallait au moins ramener un point. Finalement, on en a pris deux de plus. Je suis très heureux, mais on n'était pas non plus dans le désespoir. Après notre défaite au Stade de France (0-1), j'avais lu que c'était «catastrophique». Ce soir, je ne vais pas dire que c'est fantastique. Mais ça peut être le départ de quelque chose de bien.

La clé du match a-t-elle été de priver la Bosnie de ballons ?
On s'attendait à être malmenés offensivement. L'objectif, c'était de barrer la relation entre les milieux de terrain et les attaquants bosniaques. C'est pour cette raison qu'on avait décidé de muscler le milieu de terrain, pour qu'ils ne se trouvent pas dans la facilité. Ça a été une clé, mais ce n'est pas la seule. On a aussi été très bons dans l'utilisation du ballon. Contrairement à vendredi soir, on s'est très vite projeté vers l'avant. Le fait d'évoluer plus bas nous a permis de créer plus d'espaces, de prendre la profondeur. C'est ce qu'aime Karim (Benzema).

Justement, un mot sur sa prestation.
Même si on sait qu'il n'est pas encore en totale possession de ses moyens, il reste un joueur important. Il fait partie de ceux qui ont le potentiel pour marquer buts. Dans ce groupe, à part lui, il n'y en a pas tellement. Il a fait perdre confiance à notre adversaire en même temps qu'il nous a fait du bien.

Avez-vous douté à la mi-temps lorsque le score en était encore à 0-0 ?
On a encore pu se rendre compte combien il est difficile de marquer des buts... A la mi-temps, j'ai dit aux joueurs de ne pas se satisfaire de ce qu'ils avaient fait. Le minimum, c'était de faire la même chose, voire aller de l'avant parce qu'on n'avait pas ouvert le score. Après le but, j'ai senti les joueurs en confiance. On s'était fixé pour objectif de ne pas prendre de buts. C'est très bien. Il fallait que ça tourne."
(L'équipe.fr)

Safet Susic (sélectionneur de la Bosnie) : « Je ne suis pas surpris, la France c'est une grande équipe, je ne les vois pas ne pas être dans les deux premières équipes. Même si les Français avaient perdu ce soir, ils auraient fini dans les deux premiers. C'est une grande déception. On a respecté un peu trop les Français. On était trop timide.» (AFP)

dimanche 5 septembre 2010

Que vaut la France ?

La France traverse une grave crise de résultat depuis des mois et la défaite face à la Bielorussie ne fait qu'aggraver le constat. Laurent Blanc avec quatre victoires en six mois poursuit son annus horribilis.

La question peut paraître simpliste. Que vaut l’équipe de France ? Mais déjà, il convient de définir quelle équipe de France ? Entre celle appelée par Laurent Blanc et qui n’est même pas capable de résister à la Biélorussie, celle souhaitée par ce même sélectionneur avec Ribéry, Nasri, Gourcuff et Evra en renforts ou celle imaginée par l’opinion publique, privée de mutins pour une longue durée, l’équation devient ardue.
Alors, parlons de ce qu’il nous a été autorisé de contempler au stade de France. Une équipe de France dans une configuration presque optimale. En tous cas, défensivement. Et c’est là que le constat est le plus inquiétant. Bakary Sagna parait être la seule solution à droite. Face à ses fades prestations à répétitions, il convient d’imaginer des alternatives même saugrenues de prime abord. Pourquoi pas un Christophe Jallet ou un Anthony Reveillère, rarement appelé. La remarque vaut aussi pour Gaël Clichy d’une détresse défensive sur le but biélorusse et d'une qualité de centre donnant à Benoit Trémoulinas des allures de caid (dans le bon sens du terme). Justement, le mutin en chef, depuis Manchester, a dû être rassuré quant à son avenir en bleu pour 2011. Il faudrait qu’un jour une licence tamponnée par Arsenal n’ouvre pas les portes de l’équipe de France directement. Ou allons au bout de la logique avec un 11 : Lloris - Sagna, Koscielny, Squillaci, Clichy - L.Diarra, Diaby, Nasri - Ribéry, Benzema, Malouda. Devant, ce n’est pas assez Gunner ? Mais le jeune Sunu arrive, patience.

Un chateau de sable

En évoquant la patience, il faut pondérer les premières impressions entrevues au stade de France dans les deux sens. La communication est en marche, Laurent Blanc parle, parle, parle, parle et… parle. Comme les cinq conférences de presse données en une semaine. Record battu. Oui, la nouvelle génération des Bleus chante La Marseillaise avec enthousiasme, n’a pas de casques sur les oreilles, signe des autographes et répond poliment aux questions de la presse, Zidane et Barthez sont les nouveaux psys. Mais sur le terrain, un air de déjà vu frappe. L’entraîneur n’est plus le même, une partie des joueurs a changé mais le fond de jeu reste irrémédiablement proche du néant.
Laurent Blanc reconstruit sur du sable, il en avait conscience. Nous aussi. Mais ce sable semble mouvant. A force de s’enfoncer dans la plus grande catastrophe du foot français des trente dernières années, au moins, la peur d’être définitivement englué apparaît. Et c’est bien connu, se débattre ne fait qu’accélérer l’enfoncement. Alors, il faut peut-être faire le deuil définitif d’une France victorieuse et repartir de zéro. Vraiment zéro, comme le nombre de victoire française en trois mois et demi égalant le négatif record de 1937. Chiche.

mardi 24 août 2010

Pauvres footballeurs

L'image du football se détériore depuis plusieurs mois. En cause une profonde rupture entre le footballeur et la société.


Le football se perd dans ses méandres, dans son luxe, dans sa bêtise. L'argent n'est pas la seule cause de cette dérive. Le "tous pourris" entonné dans les manifestations est un raccourci trop facile, aussi bien pour les politiques, les artistes, les patrons ou les sportifs. Le principal danger du footballeur est un lien indirect de l’abondance financière, l'isolement. Pendant que les autres sportifs sont accessibles, vivent dans la vraie vie, le footballeur est dans son Versailles, comme Louis XVI avec les courtisans, maîtres es flatterie.
Un entourage si important chez le footballeur avec pêle-mêle, l'agent, la famille et les amis. Pour certains, car d’autres, heureusement, restent les pieds sur terre avec des bases solides. Mais ces bases se détériorent rapidement, trop actuellement. Une accélération depuis des mois, où le bus de la honte de Knysna fut la loupe, le point de non retour, mais pas une prise de conscience. A tel point que l’on préfère voir Ribéry, Anelka ou Evra sur le terrain face à la Biélorussie et sa génération extraordinaire… plutôt que de montrer l’exemple, de se racheter une certaine virginité. Si c’est un tantinet possible. Jacquet, Blanc et Hidalgo sont contre les sanctions individuelles dans un sport si collectif dans les mentalités. Contre les sanctions tout court. Après tout la grève est un droit comme la sottise une vertu si rependue dans le petit monde du foot, français principalement.

L'entourage en cause

Alors le footballeur a une confiance absolue en son cercle qui lui scande à l'envi qu'il est le plus beau, le plus fort, que son entraîneur est un con, que son coéquipier n'est qu'un jaloux. Le footballeur croit tout cela, prend tout au premier degré. Alors la critique l'énerve et il gifle le journaliste ayant eu l'indigence de lui opposer une critique. Il se croit supérieur puisqu'il est meilleur que tout le monde et c'est fiable, c'est son pote de 10 ans, à qui il a acheté une voiture qui lui dit. Du fiable quoi.
Le club dans lequel je suis ne joue pas la Coupe d'Europe ? Mais ce n'est pas ma faute. Je suis tellement irréprochable sur le terrain. Un petit tour dans le bureau du président avec mon avocat la veille d'un match capital et hop direction un club plus huppé.
Un coéquipier a un salaire plus important que moi? Quel scandale. "Augmentation ou au revoir". Ultimatum normal.
Je conduis en état d'ébriété ou sans permis? Et alors, je sais conduire. je ne suis pas n 'importe qui.
Une fille est jolie. Il suffit de sortir le chéquier pour se l'offrir. Pour l'âge de la demoiselle, on repassera.
Alors oui, le footballeur se croit tout permis. Il est au dessus de la masse qui se saigne pour se payer un abonnement annuel pour les matches de son équipe favorite. Une masse sans respect, qui siffle lorsque les défaites s'enchaînent. Alors que les dirigeants et l'entraîneur font le recrutement. Le pauvre joueur n'a pas de chances d'être entouré de baltringues.
Mais sachez le, messieurs les footballeurs, à force d'être dédaigneux avec le peuple, Le bon Louis XVI a fini guillotiné. A bons entendeurs...

mercredi 11 août 2010

Première à Blanc

Laurent Blanc commence sa seconde histoire avec l'équipe de France par une défaite en Norvège (0-2). Les enseignements sont restreints.

L’attente était immense et les conclusions absentes. La première de Laurent Blanc ne restera pas dans les annales du football, un mois après la finale de la Coupe du monde. Juste, rejoint-il Platini et Houiller dans le cercle fermé des sélectionneurs ayant perdu leur première rencontre, lors des vingt-cinq dernières années. Seulement les deux compères, qui avaient barré la porte de la maison France à Didier Deschamps il y a deux ans, avaient dû se coltiner le Brésil (0-2, le 26 août 1992) pour l’actuel DTN et la Yougoslavie (2-3, 19 novembre 1988) pour le président de l’UEFA. L’excuse est plus consistante que de tomber en Norvège, au stade Ullevaal, un 11 août face à une équipe correcte, au plus. Mais Laurent Blanc pourra toujours arguer qu’il a récupéré une sélection et non pas une équipe. Et surtout une sélection sans joueurs, à sa demande. Avec huit neo-bleus au cours du match dont six au coup d’envoi, les automatismes étaient forcément quelconques, notamment au sein d'une défense chancelante. Mais la punition est passée et la Coupe du monde sud-africaine soldée, dans l'esprit du nouveau patron du moins. Par contre, Blanc poursuit la série des défaites engendrée lors du Mondial. Hier, une troisième est venue s'associer aux piètres souvenirs du Méxique (0-2) et de l'Afrique du Sud (1-3).

Huit nouveaux et deux schémas

Le Cévenol avait exprimé l’idée de tester deux schémas différents au cours de la partie. Il a suivi sa pensée, utilisant les deux organisations tactiques de son ère bordelaise. Le 4-4-2 d’abord, avec Nasri à la pointe et M’Vila au bas de son fameux losange. Hoarau étant utilisé "à la Chamakh". Ainsi, la France fut solide et appliquée sans être féerique. Le jeu passait principalement sur les ailes et Nasri, dans les habits de Gourcuff a montré qu'il pourra tenir les rênes du jeu pendant les deux prochaines rencontres, au moins, avant d'entrer en concurrence avec le Breton. Comme avec Bordeaux, la domination était sienne, mais comme avec le Bordeaux du premier semestre 2010, l’attaque manqua de consistance. Alors, la fameuse génération 1987 (Ben Afa et Menez ont rejoint Nasri à la mi-temps, puis Benzema quelques minutes après) a pris le pouvoir en même temps que le 4-2-3-1. Et le sempiternel problème avec ces joueurs est que l’on gagne en folie ce que l’on perd en solidité. Alors oui, sur un pétard du gauche, le Marseillais de moins en moins paria sur la Cannebière a ouvert le score (47e) et proposé de belles séquences, comme il sait le faire quand il le veut. Au fond, HBA a plutôt gagné des points, comme M’Vila, pendant que Menez a montré de l’envie. En revanche Lassana Diarra, présent hier soir au prix d’une drépanocytose déclarée à Tignes en mai dernier, pourrait connaître une sanction ne provenant ni d’une commission ni d’une fédération. Avec plusieurs pertes de balles et passes aux Norvégiens le train Blanc pourrait partir sans lui, quand N'Zogbia et Sisokho se sont montrés solides.
Pour connaître les réels gagnants et perdants il faudra être encore patient. Certains mutins remplaceront des nouveaux qui auront eu un survêtement, voire des minutes. Mais qu'ils le sachent, dans cinq mois, la tenue officielle de la sélection tricolore va changer. Il ne leur restera qu'à travailler pour retrouver le Bleu dans des habits légitimes. D'autres survivront à la prochaine sélection.
Dans deux semaines, donc, Laurent Blanc donnera sa première vraie liste. Et cette fois-ci les excuses ne tiendront pas, face à une opposition chétive (la Bielorussie, le 3 septembre) et une modérée (la Bosnie-Herzegovine, le 7 septembre). Et les regards seront plus aiguisés.

dimanche 11 juillet 2010

Une Espagne royale

116 minutes auront été nécessaires à l'Espagne pour prendre le dessus sur de virils néerlandais qui échouent en finale comme en 1974 et 1978.

L’Espagne y est. Elle complète le grand huit du football mondial. La huitième nation à remporter une Coupe du monde. Une anomalie réparée, en un sens. Comme il aurait été anormal que l’Espagne ne triomphe pas lors de cette finale, sa première, entre deux nations royales, représentées en tribune officielle par les têtes couronnées, à côté de Nelson Mandela, venu faire une apparition.
Certes, la Roja n’a pas offert son plus beau visage en deux ans de règne presque ininterrompu, à l’exception de deux revers face aux Etats-Unis et laf Suisse. D’ailleurs ces deux accrocs auront été concédés en Afrique du Sud. Le premier lors de la demi-finale de la Coupe des confédérations et le second lors du premier match de poule de ce Mondial. Car l’Espagne est le premier champion du monde à avoir ouvert son tournoi par une défaite. C’est aussi la plus faible attaque parmi les dix-neuf vainqueurs. Un paradoxe en comparaison de son potentiel offensif. Oui mais cette Espagne, belle à regarder jouer, se regarde un peu trop elle-même. Elle aime posséder le ballon, faire courir ses adversaires dans la largeur, sans nécessairement se procurer des occasions nettes. Alors elle n’a décoché que huit flèches en sept rencontres, dont cinq par le seul Villa. Mais elle n’a encaissé que deux buts, et aucun lors de la phase à élimination directe. Comme un symbole. Cette Espagne de Xavi, Iniesta, Villa ou Torres et un coffre inviolable. Puyol et Piqué ne laissent pas passer grand-chose, et lorsque ça passe, « San Iker » veille. A l’image de toute son équipe, Casillas est monté en puissance au fil du mois de compétition. Contesté au départ pour sa terne saison avec le Real Madrid et la sérieuse concurrence de Valdès et Reine, accablé par sa sortie ratée devant Derdiyok, ayant amené le but de Gelson Fernandes, lors de la partie inaugurale, puis héroïque en quart de finale en repoussant le penalty de Cardozo. Et en finale, il a mérité d’être le premier espagnol de l’histoire à soulever le trophée. En bon capitaine, il a remporté ses deux duels devant Robben, les deux seules actions Néerlandaises. Du bout du pied droit, en ayant plongé à gauche, puis en se jetant dans les pieds d’un chauve, pas divin en finale cette année (il a aussi perdu la finale de la Ligue des champions avec le Bayern Munich face à l’Inter Milan, 2-0), ralenti par un Puyol à l’intervention peu licite mais non sanctionnée.
Monsieur Webb passe à côté
D’ailleurs au rayon des imprécisions arbitrales, Monsieur Webb a brillé. En oubliant plusieurs expulsions, avant de céder au détriment de Heitinga, pas le plus violent des néerlandais, qui en accrochant Iniesta parti au but, annihilait une occasion de but. Comme Van Bommel et De Jong avaient mis en danger l’intégrité physique d’Iniesta et Xabi Aonso en grand danger, très grand même. Deux gestes incroyablement violents et sanctionnés de simples avertissements. Monsieur Webb ne voulut pas fausser la finale, il l’a laissée pourrir, jusqu’à un stade incroyable. Car ce match ne restera pas dans l’histoire pour son jeu. Peu d’occasions, à l’exceptions de deux têtes - une par mi-temps - de Sergio Ramos. Fabregas en début de prolongation perdit son duel face à Stekelenburg, quand Iniesta le refusa en ajoutant un dribble de trop dans la surface. Les deux hommes qui furent les protagonistes principaux sur un but aux aspects doré, à quatre minutes de la fin. Cesc trouvant Iniesta, en position régulière, qui d’une reprise du pied droit délivra une équipe dont l’image de perdante aux tirs aux buts s’installait progressivement. Comme le jeu qui était présent, enfin, dans la prolongation.
L'avenir s'annonce radieux
C’est un fabuleux doublé Euro – Mondial que seul l’Allemagne en 1974 avait réalisé, la France l’ayant fait dans l’autre sens, en 2000. Et cette équipe est jeune. Voir Navas (24 ans) entrer dans cette finale avec une telle désinvolture, Pedro (22 ans), allumer le jeu de son équipe en demi-finale, Fabregas (23 ans), apporter son talent à chacune de ses entrées, Sergio Ramos (23 ans), s’imposer comme une référence à son poste et sur les balles aériennes, Piqué (23 ans), être intraitable au duel, Busquets (21 ans), une véritable sentinelle sachant construire. Sans oublier Silva (24 ans), mais aussi les encore jeunes Iniesta (26 ans) et Torres (26 ans). Tous, dans quatre ans, au Brésil, seront au sommet de leur carrière et de leur niveau. Comme de nombreux néerlandais, sans doute, sauf Van Bronckhorst, dont la carrière s’est achevée par une finale perdue. Ce soir, Madrid est rouge, Barcelone est rouge, Bilbao est rouge, toute l’Espagne, si régionaliste et divisée, est rouge. Rouge de bonheur. Comme le Monde d’avoir un si beau lauréat. Et elle pourrait le rester un long moment.

mercredi 7 juillet 2010

Une finale chaude

Les Pays-Bas et l'Espagne se sont logiquement qualifiées pour une finale inédite.

Pays-Bas - Espagne en finale, dimanche, c’est tout un symbole. Celui d’un football offensif et technique. D'un football chaud, en somme, entre deux couleurs tout aussi chaude, l'Orange et le Rouge. C’est également une première. Normal, l’Espagne n’a jamais humé l’air d’une finale de coupe du Monde. Comme elle n’avait jamais respiré celui d’une demi-finale, ce qui ne l’a guère perturber. Et surtout, un nouveau vainqueur viendra s’ajouter, les Pays-Bas ayant cédé à deux reprises en finale (1974 contre l’Allemagne, 2-1 et 1978 contre l’Argentine, 3-1 a.p).
L’Uruguay aura fait un beau Mondial, largement au-delà de ses espérances. Mais après avoir porté le costume de l’invité surprise dans le dernier carré, elle aura légitimé sa présence. Certes, individuellement, elle est inférieure aux Orange. Mais une égalisation à 3-3 était réalisable. En tout cas, elle aura eu le don de donner cette impression. Car les Pays-Bas ne sont pas impressionnants. Défensivement, c’est fébrile. Collectivement, c’est friable. En revanche, offensivement, c’est fulgurant. Les trois gros ego Sneijder, Van Persie et Robben sont aussi complémentaires sur le terrain qu’insupportables dans leurs attitudes. Mais Sneijder, match après match prend l’ampleur d’un ballon d’or. Du premier ballon d’or FIFA.

Puyol, hors-norme
Puyol qui marque sur un corner frappé par Xavi, voilà le symbole d’une Roja qui déteint vraiment vers le Blaugrana. Sept joueurs au coup d’envoi étant barcelonais. Et la titularisation de Pedro fut l’éclair de génie de Del Bosque, autant que de sortir Torres fut un éclair de lucidité. Celui qui était surnommé « Pedrito » il y a quelques mois encore a donné une vraie vitesse au jeu de son équipe. Juste, a-t-il oublié le rentrant Torres sur un deux contre un qui aurait définitivement plié le match (81e), comme Villa quelques minutes plus tôt fut repris et ne put servir Xavi (75e). Face à l’ultra possession et la nette domination espagnole, l’Allemagne semblait perdue, sans solutions. Kroos vit sa reprise repoussée par Casillas. Et puis c’est tout. Trop peu, surtout dans une demi-finale de coupe du Monde. Le souvenir de la finale de l'Euro 2008 revenait forcément, la physionomie du match s'y approchant. Et le score étant identique. L’absence de Müller a pesé, sans doute. Mais Ozil a déçu, comme en quart. Khedira a couru, beaucoup même, trop peut être. En face, les espagnols ont fait des passes et chercher à dribbler leur vis à vis, beaucoup même, trop peut être. Mais c’est agréable à regarder et à jouer à les observer. Xavi clame régulièrement qu’il préfère perdre en jouant bien que gagner en jouant mal. La Roja s’est qualifiée en jouant bien, et bien mieux que lors des tours précédents. Une certaine montée en puissance se dégage. L’inverse des Pays-Bas. A savoir s’ils leurs courbes vont se croiser dimanche ?

dimanche 4 juillet 2010

1, 2, 3, viva Europa

La Coupe du Monde est lancée. Et bien lancée même. Après 22 jours à ronronner, à offrir le pire, souvent, et le bon, parfois, les quarts de finale ont marqué le début. Si la technique ne s’est pas élevée de manière exceptionnelle, l’intensité et le suspense ont envahi les pelouses d’Afrique du Sud. Quatre rencontres pour quatre histoires différentes. Des histoires avec un h pas encore majeur, mais presque. Du retour des Pays-Bas, la vaillance de l’Uruguay, la démonstration de l’Allemagne et le mental de l’Espagne, les quatre rescapés de la quête d’un graal conquis jadis par deux d’entre eux (Uruguay et Allemagne) ont émerveillé.
Les Pays-Bas ne sont pas les plus talentueux. Ni de leur histoire, ni même du Mondial. Au petit trop en phase de groupe, en marchant en huitième de finales (Slovaquie, 2-1), leur première période ne marqua aucun sursaut de la machine orange. Le Brésil déroulait, menait et aurait même pu clore le quart. Seulement Stekelenburg a maintenu son équipe sur terre et Sneijder l’a envoyé au ciel par un centre dévié par Felipe Melo puis par une tête victorieuse sur un corner. Comme quoi, depuis 1998, la Seleçao n’a pas gommé cette anomalie. Sur la route à une première étoile, sans Van Der Wiel et De Jong se présentera, mardi, un invité surprise à la table du « Big Four » mondial.

Le Ghana à la porte de l'Histoire

L’Uruguay est en demi-finale, logique. Comme en 1930 (vainqueur), comme en 1950 (vainqueur), comme en 1970 (demi-finaliste) mais pas comme en 1990, le seul accroc à une logique historique, presque implacable. Rendez-vous en 2030, donc. Mais au-delà de l’histoire, la Celeste a su profiter d’un groupe sans tête d’affiche qu’elle a survolé, d’un tableau ouvert qu’elle a su bonifié et d’un joueur d’exception qu’elle a su cajoler. Diego Forlan est de ces joueurs qui transfigurent le visage d’une équipe. Sans lui, c’est une formation solide, de caractère et rugueuse. Avec lui, un brin de talent, de génie même, s’immisce. Son coup-franc face au Ghana est un régal et la parfaite expression de son importance. Le Ghana a eu des occasions, a même eu une offrande par la main volontaire de Suarez au bout de la prolongation pour entrer dans l’histoire de l’Afrique comme le premier pays du continent à atteindre les demi-finales. Ça s’est joué à une transversale éjectant le penalty de Gyan vers une séance de tir au but que Muslera, le gardien de la Celeste, aura gagné. Partant du bon côté sur toutes les frappes, il en détourna deux. Enorme et suffisant, surtout, pour donner raison à Suarez de s’être sacrifié, et privé de demi-finale voire de finale, en sortant de la main ce qui aurait été le but de la qualification ghanéenne dans le temps additionnel de la prolongation. L'Uruguay est la dernière barrière à une Europe revigorée, occupant 75% du tableau et si proche de décrocher une première coupe du Monde hors de son continent.

Espagne - Allemagne : spirales différentes

Des quatre sud-américains dandinant en quarts, le Paraguay aurait pu accompagner son voisin Uruguayen pour une doublette des plus singulière et historique. Cardozo eut la balle décisive face à Casillas sur un penalty, comme Valdez qui se vit refuser un but pour un hors-jeu inexistant. Trop face à l’Espagne. Même une Espagne chancelante depuis le début de la compétition. Surtout que Torres, sortie après sortie, montre des signes de ressemblance avec Anelka, l’arrogance et les insultes en moins. Point d’appui sans appui dans ses mouvements et créateur d’espaces sans profondeur dans ses appels, il ne pèse pas et oblige Villa à un exil à bâbord où il rame pour se créer des brèches. Comme au tour précédent (contre le Portugal, 1-0), la différence est venue par le pied droit de Villa, après la sortie de Torres. Pour sortir l’Allemagne, Del Bosque devra peut-être sacrifier le « niño » au profit de Pedro ou Silva, voire Fabregas. Même si avec un Xavi maitre à jouer et à bien jouer et un Iniesta éblouissant, les arguments des champions d’Europe en titre sont consistants. En revanche, Puyol possible absent, c’est peut-être un détail pour certains, mais en terre ibérique ça veut dire beaucoup. Pour contrôler Klose, Ozil et Muller son expérience, son sens du placement et du vice seraient déterminants.
Car l’Allemagne vole. Tous leurs matches semblent si faciles qu’il revient à se demander si l’Allemagne est si forte ou si l’Angleterre et l’Argentine étaient sur côtés. Des Argentins sans solutions. Défensivement dépassés et offensivement sans imagination. Le grand Diego est tombé de haut. A force de voir sa formation maitriser ses parties, l'image de Maradona sélectionneur de l'équipe championne du Monde était devenue réaliste. Mais Low au talent sur le terrain oh combien plus anecdotique est un entraîneur oh combien plus complet. La gifle est rude, sévère même. Mais l'Argentine avec Messi terminant son tournoi sans avoir inscrit le moindre but et qui, en perdant son rêve titre Mondial, a lâché son Ballon d’Or FF. A un Allemand peut-être.
En tout cas, le trophée reviendra à un champion du Monde. Il se trouve parmi une liste des favoris qui se rétréci à chaque tour (Xavi, Iniesta, Villa, Lahm, Müller, Schweinsteiger, Forlan, Sneijder, Robben), comme les prétendants à lever une coupe en Mondovision, le 11 juillet.

vendredi 18 juin 2010

Ou sont les favoris ?

Cette deuxième journée de phase de poules est étrange, comme ce Mondial hivernal dans son ensemble. Les grosses nations patinent, après le Brésil, l'Italie ou l'Espagne lors des premiers matches, c'est au tour de l'Angleterre et de l'Allemagne de coincer. Si le lieu commun veut qu’il vaille mieux être prêt à partir des huitièmes de finale, les faiblesses constatées inquiètent. La France n’y est vraiment pas, n’y revenons pas. En revanche l’Angleterre subjugue. Après avoir survolé les qualifications (neuf victoires en dix matches) plein de certitudes le peuple de la rose doute. Pourtant il a le sélectionneur, Fabio Capello, au talent reconnu et au palmarès garni. Il a les cadres Rooney, Lampard, Terry et Gerrard - tous décevants. Alors il n’a pas de gardien, ce n’est pas nouveau, mais à ce stade ce n’est pas rédhibitoire. C’est dans le jeu que le bas blesse. A tel point qu’une élimination au premier tour commence à prendre corps. Après les Etats-Unis (1-1), l’Algérie lui a posé des problèmes. Une Algérie solide, équilibrée et parfois joueuse. Tout ce jouera lors de la dernière journée. Peu probable vue la supposée supériorité de british qui devront battre la Slovénie pour éviter toute désillusion. Il conviendra de livrer une autre prestation. Pour l’Algérie, la qualification est aussi simple. Dominer les USA et viva l’Algérie. Des Américains renversants contre la Slovénie. Menés 2-0 ils sont revenus et auraient même pu l’emporter.
Autre favori en souffrance, l’Allemagne. Mais son cas est différent. Suite à une entrée en matière tonitruante contre l’Australie (4-0), le sort, en sa faveur, s’est retourné. Une expulsion sévère de Klose en première période, un but de Jovanovic quelques minutes plus tard. Une barre transversale de Khedira, un penalty de Podolski repoussé. Alors, certes la Serbie a glané son premier succès en coupe du Monde, mais l’Allemagne n’est pas en danger, pas encore. Seulement une nouvelle contre-performance face au Ghana pourrait être fatale. Et un jour sans collectif est toujours possible. C’est à ce cas de figure que les Allemands et les Anglais ne se sont pas protégés. L’Argentine si.
Mais dans l’histoire de la coupe du Monde les exemples de nations démarrant au petit trop pour finir la coupe entre les mains sont légions. Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.



Le lièvre et la tortue de Jean de La Fontaine :

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Autopsie d'une déroute

Le réveil fut difficile, la tête à l'envers, les membres du corps courbaturés. Mais la réalité est là. Comme en 2008, la France est en situation d'échec.

Sauf miracle la France ne reniflera pas l’enivrant parfum des matches à éliminations directes. Même si le revers face au Mexique renvoi presque directement les joueurs en vacances. En partant du principe qu’ils n’y sont pas depuis quelques semaines déjà. Comme toujours ou presque les Bleus oscillent entre le dernier carré ou une chute sur le carreau, des la phase de poule. La gifle administrée par le Mexique est d’autant plus douloureuse, marquante, que la façon intrigue plus que le résultat. En football, c’est bien connu ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne. Hier soir, le meilleur a gagné. Le meilleur en termes de combativité, de solidarité et même en termes de qualité intrinsèque.

1. Des joueurs consternants
Comment peut-on seulement imaginer que tous ces joueurs qui peuplent l’Équipe de France appartiennent à des grands clubs ? Car la première faillite est footballistique. Govou n’est pas au niveau, il l’a reconnu lui-même. Il n’est pas le premier à blâmer. Il a fait ce qu’il a pu. Soit rien, ou si peu. Gallas et Abidal sont des pales défenseurs axiaux, constamment battus de la tête par des joueurs à la taille moyenne comme Giovanni ou Franco, constamment pris de vitesse, incapable de s’aligner correctement pour jouer le hors-jeu. Evra harangue à l’envi ses coéquipiers, pleure lors de l’hymne national mais n’est qu’un piètre défenseur, régulièrement effacé avec facilité par ses vis-à-vis. Sur la faute d’Abidal sur Barrera ayant amené le penalty, il se fait passer avant de couper son effort. Un décalage entre les actes et les efforts consentis. Diaby, poussé par les cadres somme un élément essentiel, n’est qu’un novice en bleu et, lorsque le bateau tangue trop, il est un des premiers à tomber à l’eau. Les cadres justement. Les fameux révolutionnaires Ribéry et Anelka sont tout simplement honteux. Il n’est pas possible de se comporter ainsi avec le maillot de son pays sur les épaules. Anelka, et ce n’est pas nouveau, n’est pas patriote. Il ne veut pas payer ses impôts en France, n’est pas attaché à l’équipe de France. Mais qu’il reste à Londres. Jimmy Briand ou Kevin Gameiro auraient livré des matches oh combien plus digne. Il joue avant-centre, mais veut évoluer comme neuf et demi dans un schéma ou le poste n’existe pas ? Qu’il ne vienne vraiment pas. Comme Franck Ribéry. Après tous les problèmes sportifs (blessures à répétition) et extra sportifs (entendu dans une affaire de proxénétisme), la moindre des choses aurait été d’être discret. De jouer là où on lui demande avec qui on lui demande. Au lieu de cela, il pleurniche pour occuper le côté gauche - même dans l’axe il a constamment dévié vers la gauche -, il ne veut pas de Gourcuff qui selon lui n’est pas légitime. Alors oui, le Breton est bien élevé, réservé, intelligent, sait analyser le football, plaît à la gente féminine, tant de caractéristiques étrangères au joueur du Bayern.

2. Un sélectionneur affligeant
Raymond Domenech a fait des erreurs, il l’a (enfin) concédé après la déroute mexicaine, sans préciser lesquelles. La première fut certainement d’écouter les caïds du vestiaire. Il a sacrifié le seul Gourcuff après l’Uruguay. La logique aurait été d’écarter Govou, Anelka voire Ribéry dans le même temps. Mais Gourcuff est rejeté par une partie du groupe. Il pensait avoir réglé un problème. Il a perdu le peu de légitimité qu’il lui restait. Aimé Jacquet, pour le bien du groupe s’était passé de Cantona. Pour le bien du groupe Domenech s’est passé de Benzema et Nasri, qui n’auraient, sans doute, rien changé. Mais il fallait aller jusqu’au bout de la chasse aux ego. Il ne l’a pas fait. Et après une petite semaine idyllique à Tignes la guerre à redémarré de plus belle.
Le toujours sélectionneur pour quelques jours n’a jamais insufflé de ligne directrice en termes de jeu. Comme l’a expliqué Malouda, « les joueurs sont libres offensivement ». Et comme les coups de pieds arrêtés ça ne se travaille pas. Pourquoi organiser toutes ces séances à huis clos ? Car, et c’est sans doute le pire, Domenech a isolé son équipe du peuple français. Au lieu de donner du rêve contre l’amour que tant de personnes étaient prête à leur donner, il a vendu du secret. Comme si des enfants à La Réunion allaient répéter quel tactique il travaillait, alors que tous les journalistes sur place suivaient tout de même la mise en place, comme des agents du FBI, en haut d’arbres ou cachés dans des endroits improbables. Le Danemark ne va peut être pas passer le premier tout, mais au moins elle aura fait rêver la population locale en s’entraînant presque constamment devant le public. La France l’a fait, une fois, comme l’oblige le règlement de la FIFA. Quand à sa communication. Passons. Le chapitre est bien trop lourd.

3. Une Fédération d’amateurs
Jean-Pierre Escalettes vient du monde amateur, c’est un fait. Mais quelle terrible image donne-t-il de la base. En s’entêtant à garder Domenech, en sautant partout après la qualification honteuse face à l’Irlande alors que, même s’il s’obstine à dire qu’il n’a pas vu la main, des écrans sont installés dans la tribune présidentielle, en enchainant les déclarations contradictoires, en choisissant le futur sélectionneur seul, dès le mois de janvier et en rendant public son choix il a éblouit les Girondins mais surtout le football français et son image dans le monde de son incompétence. Quand à son bras droit, Noël Le Graet, sa saison parle pour lui. Le club qu’il préside, Guingamp, vient d’être relégué en national. Comme le football français dirigé par un homme qu’il a défendu avec hargne. Tous les pontes du conseil fédéral vont se cacher derrière l’obtention de l’Euro 2016. Mais Jacques Lambert en est le principal investigateur de ce succès, avec Platini certainement. Même Nicolas Sarkozy a plus de mérite qu’Escalettes et ses sous-fifres.

4. Un Mondial à finir et cap sur la suite
Il reste un match et une chance, même petite, de se qualifier pour un massacre face à l’Argentine en huitième de finale. Mais au moins il convient d’être digne, enfin. Alors Domenech pour son jubilé doit couper des têtes. Il n’en subira aucune conséquence et pourrait même faciliter le travail colossal de son successeur, Laurent Blanc. Il doit sortir de l’équipe Govou, Anelka et Ribéry. Et comme l'équipe des remplaçants bat régulièrement les titulaires lors des oppositions, le dommage ne s'annonce pas important. Il doit surtout offrir un dernier match en bleu correct à Thierry Henry. Ne pas le faire entrer face au Mexique en n’ayant effectué que deux changements et un manque cruel de savoir vivre, en plus d'un handicap sportif. En 2006 il avait sorti Zidane à deux minutes du terme du match contre la Corée du Sud. A ce moment, il s’agissait peut-être du dernier match de la carrière du meilleur joueur de l’histoire du football français. Au moins il peut éviter un pareil mépris à Henry. En lui redonnant, en prime, le brassard de capitaine. Car Henry n’est pas au sommet de son art. Mais il est le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France (51 buts) et a toujours défendu le maillot bleu avec volonté. Ce qui est rare en cette triste période. Après si la qualification vient en surprise tant mieux et continuons avec les les joueurs à l'état d'esprit positif. Sinon, place au grand grand nettoyage pour Laurent Blanc qui devra exclure les ego encombrant, sous peine de vivre deux années dans le costume de Domenech.